Entretien avec Henri Jacot, président du comité d’évaluation du CNFPT

Dans un article publié sur ce blog le 11 juillet dernier, je vous informais que le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) avait décidé d’évaluer ses programmes de formation (cf. article « Le CNFPT s’engage en évaluation. Pour de vrai ! »). Dans cette perspective, un comité d’évaluation a ainsi été mis en place au sein de l’établissement, présidé par Henri Jacot. Très spontanément, ce dernier a accepté de répondre à mes questions, révélant un réel intérêt « désintéressé » pour l’évaluation. Explications.

Henri Jacot

 

Henri Jacot n’est pas un inconnu dans le petit monde de l’évaluation. Durant de nombreuses années professeur à l’Université de Lyon, spécialiste en économie du travail, de l’industrie et de l’innovation, cet universitaire a fait une incursion dans la sphère politique de 1995 à 2010. En qualité d’adjoint au maire de Lyon tout particulièrement de 2001 à 2008, en charge de l’administration générale et des ressources humaines, puis de conseiller régional en Rhône-Alpes de 2004 à 2010. « Mon activité politique comme représentant de la société civile et non comme membre d’un parti, a plutôt été une parenthèse dans mon activité professionnelle », aime-t-il préciser.

 De la région Rhône-Alpes à la SFE, il n’y a qu’un pas !

Si son mandat municipal lui a donné l’occasion de découvrir le service public local et la fonction publique territoriale, dont il ignorait presque tout avant d’être élu, son mandat régional lui a permis de découvrir l’évaluation. En 2004, le président de la région lui a en effet confié la mission de relancer la politique d’évaluation mise en place en 1992, marquée d’essoufflement dix ans plus tard, en raison du manque de réel portage politique. Simple conseiller régional, Henri Jacot a néanmoins pu bénéficier d’une liberté pleine et entière pour mener sa mission sous l’autorité directe du président. De cette époque remonte également son implication dans la Société Française de l’Evaluation (SFE) avec notamment, l’organisation à Lyon en 2006 des Journées Françaises de l’Evaluation (JFE) sur le thème « Le citoyen, l’élu, l’expert ».

L’homme n’exerce plus de mandat politique aujourd’hui, mais a accepté de s’engager bénévolement dans cette aventure au sein du CNFPT. Pourquoi et dans quel but ? Eléments de réponse ci-après.

 Colette Lanson : Pourquoi le président du CNFPT a-t-il fait appel à vous et non à un élu du conseil d’administration pour la mise en place  du comité d’évaluation ?

 Henri Jacot : Au cours de mon mandat d’adjoint au maire de Lyon, j’ai été élu membre du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Territoriale (CSFPT) et du Conseil Régional d’Orientation du CNFPT à Lyon. En 2010, n’étant désormais plus élu, j’ai été nommé comme personnalité qualifiée au Conseil National d’Orientation (CNO) du CNFPT. A ce titre, j’ai participé à l’élaboration du Projet National de Développement de l’établissement en promouvant notamment la nécessité d’engager une démarche d’évaluation de l’activité formation. J’ai alors eu l’occasion d’animer un groupe de travail sur cette proposition au sein du CNO. Dans le prolongement de ce groupe de travail, le président François Deluga m’a tout d’abord chargé en mars 2011 de suivre la mise en œuvre de l’évaluation au sein du CNFPT, puis en juin 2012, de présider le comité d’évaluation après approbation, par le conseil d’administration, d’un plan pluriannuel d’évaluation préparé avec la direction ad hoc.

CL : Pourquoi avoir accepté la présidence ?

HJ : Par goût et intérêt d’animer une instance paritaire (trois élus des collectivités et trois représentants des personnels territoriaux) sur un sujet qui me tient désormais à cœur, au sein d’un établissement de formation pouvant toucher près de 1,8 million de fonctionnaires territoriaux. Le fait de ne pas être membre du conseil d’administration et d’être donc en quelque sorte, « au-dessus de la mêlée », m’est en outre apparu pertinent dans cette phase d’acculturation de l’institution CNFPT.

CL : Quel(s) objectif(s) vous êtes-vous fixés pour la durée de votre mandat ? (2012-2015)

HJ : Deux objectifs essentiellement. Le premier, évident, est que soit menée à bien la mise en œuvre du plan pluriannuel approuvé par le conseil d’administration. Cela implique un lien étroit avec la direction de l’évaluation avec laquelle j’ai plaisir à travailler et des réunions régulières du comité d’évaluation toutes les six à huit semaines environ pour traiter chaque étape des évaluations programmées (questions évaluatives, note de cadrage, constats et propositions).

Le second objectif et sans doute le plus important à mes yeux, vise à « implémenter » la démarche d’évaluation dans l’organisation CNFPT d’ici la fin de la mandature pour la rendre, si possible, structurellement irréversible !

CL : Beaucoup d’évaluations menées restent lettre morte. Celles du CNFPT échapperont-elles à cette désolante constatation ?

HJ : Il faut s’entendre sur le rôle de l’évaluation dans une institution comme le CNFPT. Démarche d’aide à la décision de nature plus cognitive que prescriptive, elle demeure au service et sous l’autorité des instances décisionnelles que sont le conseil d’administration et le président. Mon expérience en région Rhône-Alpes m’a convaincu que l’évaluation est autant à considérer comme un processus « d’apprentissage organisationnel » modifiant les représentations et les relations entre les différentes parties prenantes, que comme une suite de documents préconisant des solutions à appliquer telles quelles pour améliorer l’efficacité, la cohérence ou l’efficience d’une politique publique. Pour autant, il s’agit bien que chaque évaluation concrètement menée serve à quelque chose si l’on veut que la démarche d’ensemble soit utile. La mise en place d’une telle démarche au sein du CNFPT me paraît bien participer de cette dynamique positive. Mais, il faudra naturellement évaluer l’évaluation au terme de cette mandature…

CL : Vous engagez-vous à jouer la transparence avec le résultat de toutes les évaluations ?

HJ : Le CNFPT a adhéré à la charte de la Société Française de l’Evaluation qui énonce notamment parmi ses sept principes, celui de la transparence.

Concrètement, cela implique l’engagement du CNFPT à présenter les résultats de chaque évaluation de façon claire, c’est-à-dire en précisant son objet et ses finalités, ses destinataires et les questions évaluatives, ainsi que les méthodes utilisées. De ce point de vue, la méthodologie que nous mettons en œuvre est parfaitement transparente et donne lieu à une présentation en comité technique, puis en comité d’évaluation et enfin, devant le conseil d’administration. L’intégralité des résultats est totalement respectée. D’ores et déjà, des synthèses sont diffusées sur l’intranet, afin que l’ensemble des encadrants et des agents puissent en avoir connaissance.

CL : A quand la mise en ligne des résultats de la première évaluation sur le site du CNFPT ?

HJ : En début d’année prochaine, après présentation et débat en conseil d’administration d’ici la fin 2014. Il a en effet été jugé plus pertinent de ne diffuser les résultats en externe qu’en indiquant dans le même temps les décisions qui en seront tirées par les instances décisionnelles.

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Affaire à suivre donc. En attendant les premiers résultats, lire l’excellent ouvrage « Le citoyen, l’élu, l’expert. Pour une démarche pluraliste d’évaluation des politiques publiques », co-dirigé par Henri Jacot et Annie Fouquet et publié par la SFE aux Editions l’Harmattan.

Colette

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